Conseil Municipal du 8 Novembre 2017

Monsieur le Maire,

Monsieur l’Adjoint aux finances,

Nous avons lu avec attention les informations que vous nous avez transmises, et écouté avec patience la lecture qui nous en a été faite .

Je parlerai peu de chiffres, nous aurons l’occasion de les détailler lors du Budget Primitif en Décembre.
Mais je souhaiterais plutôt parler de constats, de visions et de méthode.

 

Le constat d’abord : Vous êtes Maire d’Anglet depuis bientôt 4 ans.
Pendant 3 ans nous vous entendu pleurer sur les misères que vous faisaient Mr Hollande et le gouvernement.
L’an dernier vous vous êtes alarmés de l’arrivée de la nouvelle Agglomération Pays Basque et vous exprimiez votre inquiétude sur les conséquences budgétaires de sa mise en place pour notre ville.
Cette année, c’est autour de Mr Macron et de ses choix concernant la suppression de la taxe d’habitation ou d’une cible de 1,2% d’augmentation des dépenses de fonctionnement que l’inquiétude se cristallise.

Toujours la faute à l’autre. C’est une technique de communication, destinée à donner aux angloys de fausses raisons pour expliquer que vous allez faire moins, mais que vous y arriverez quand même grâce à la qualité de votre gestion. Mais cette technique de communication a ses limites.

Elle a ses limites car il faut rétablir la vérité. Chaque année, depuis le début de votre mandat, vos recettes de fonctionnement augmentent.
Vous communiquez sur ce que vous auriez pu gagner si les circonstances avaient été différentes. Vous comparez avec l’époque bénie, paraît-il, où nous étions aux affaires. Et vous prenez les angloys pour des sots en leur disant que si vous aviez la même chance que nous, vous feriez plus et mieux.

C’est déguiser la vérité. Car la vérité est simple.
Vous annoncez disposer pour 2018 de 48,2 M€ de recettes de gestion. Nous ne disposions que de 37 M€ en 2009. Et pourtant nous faisions, et nous allions faire…
Oui, c’est vrai, la DGF a diminué de façon importante. Mais vous oubliez de parler (ou plutôt de comparer) ce qui, à côté, augmente et vous permet d’augmenter vos ressources.
C’est par exemple les droits de mutation, pour lesquels vous annoncez une prévision de 2,5 M€ l’an prochain. Je vous rappelle qu’en 2009, nous n’en percevions que 1,4 M€. Plus d’un million d€ de différence, ce n’est pas une broutille dans un budget.
Augmentent aussi les entrées liées aux équipements ou emplacements municipaux
Je ne m’attarderai pas sur d’autres exemples, mais vous savez qu’ils sont faciles à trouver.

Alors oui, vos ressources de fonctionnement augmentent.
Mais en même temps, votre capacité d’autofinancement des investissements baisse.
La preuve arithmétique que vous n’êtes pas aussi exemplaires que vous le dites en matière de maîtrise des charges… Attendons le prochain compte administratif et le détail de vos prévisions au BP 2018.

Dans ce contexte, vous campez sur vos positions en ne touchant pas au taux des taxes locales. C’était une de vos promesses de campagne, certes. Mais il y a beaucoup d’autres parmi vos promesses de campagne dont nous découvrons aujourd’hui que vous les différez ou que vous les abandonnez.
L’évolution baissière avérée de la capacité d’autofinancement de la ville nous fait penser qu’en termes de décisions fiscales, vous reculez sans doute pour mieux sauter. Nous avons connu par le passé, sous la mandature de vos amis politiques, ce type de comportement. Augmenterez-vous ces taux l’an prochain ? Attendrez-vous 2020 et un hypothétique 2° mandat pour faire les annonces qui fâchent ?

Certes vous ne pouviez pas prévoir les décisions de Mr Macron en termes de dispense de taxe d’habitation. Mais si vous aviez été raisonnablement un peu plus réaliste et pragmatique, c’est aujourd’hui l’Etat qui en prendrait en charge la compensation.
Au contraire, quand contraint et forcé, le prochain maire d’Anglet sera sans doute obligé d’assumer l’héritage de cette mandature, alors ce seront tous les angloys qui assumeront intégralement le paiement de la note.

Ainsi le recours à l’emprunt devient aujourd’hui pour vous de plus en plus indispensable, alors que le niveau d’investissement de votre mandature, bien que conséquent, est nettement inférieur à celui de la précédente. A l’exception de Choisy et du Château de Baroja, projets consensuels que toute équipe municipale aurait été tenue de réaliser, on cherche désespérément comment vos investissements construisent l’Anglet de demain. Mais, rue après rue, trottoir après trottoir, vous investissez.

Vous bénéficiez, année après année, de dotations de compensation conséquentes, comme par exemple cette année celle de la nouvelle Communauté d’Agglomération Pays Basque dont nous voterons le principe tout à l’heure. Cela met du beurre dans les épinards.
Mais ces opportunités auront une fin.

Cela, vous le savez. Alors pour éviter une dérive dans les recours à l’emprunt, vous nous annoncez le gel de certaines opérations, ou le ralentissement de leur réalisation. Une stratégie qui n’est pas nouvelle, puisque vous l’employez depuis le début de votre mandat. Mais une stratégie qui va semble-t-il s’amplifier.

Ces retards provoqueront un effet domino. Par exemple le retard dans la réalisation du nouveau CTM, ce sera un retard pour la libération de l’emprise du CTM actuel, donc un retard dans la réalisation des logements sociaux que vous annonciez, avec les conséquences que cela suppose.

Vous annoncez aussi des mesures inquiétantes. Comme par exemple cette évolution de la tarification des prestations de la ville à l’endroit des angloys et des associations, ceci afin de générer des recettes supplémentaires.
Ne pas augmenter les impôts, qui sont payés par tous mais profitent à tous, mais faire payer un service dit « public » à l’usager, même si c’est une association, c’est un choix politique. Un choix politique qu’il vous faudra assumer.
Vous nous dites que le niveau des subventions aux associations sera constant en 2018. Donc il ne sera pas supérieur. Et donc les associations qui auront recours à des prestations municipales seront perdantes. Elles vous le rappelleront sans doute.

Inquiétudes aussi dans vos annonces concernant les acquisitions foncières. Car vous en limitez la prévision à 400 000€, alors que vous annoncez 622 000 € de cessions immobilières. Seriez-vous en train de poursuivre discrètement la vente des bijoux de famille pour équilibrer vos comptes?
Comment proposer demain aux bailleurs sociaux ou aux aménageurs solidaires des terrains accessibles ? Une question que pose également, lorsqu’on regarde le tableau de la dette, le faible niveau qu’atteint aujourd’hui l’intervention de l’EPFL (600 000€).
Contrairement à ce que vous avez toujours affirmé, l’intervention de l’EPFL n’est pas un « fantôme dans un placard », mais une façon respectueuse des budgets municipaux de faire porter solidairement la réservation de ressources foncières qui seront plus tard vendues à des opérateurs, sociaux ou pas. Quelle gestion prévisionnelle est donc la vôtre en termes de logement accessible ou d’aménagements urbains structurants ?

Je conclurai mon propos en citant dans votre rapport d’OB votre analyse concernant la dette : «Le financement du programme d’investissement jusqu’en 2020 nécessiterait une mobilisation d’emprunts raisonnable ramenant la Ville en-dessous du niveau d’endettement qui était le sien en 2014. »
Cette phrase nous a surpris. Elle vient juste après un graphique où vous nous annoncez pour 2020 un encours d’emprunt de 43,78 M€. Il était en 2014, toujours selon votre graphique, de 34,55 M€.
43,78 inférieur à 34,55 . Après les mathématiques modernes, nous découvrons les mathématiques nouvelles …

Entre les mots et les chiffres, il y a dans vos orientations budgétaires un écart certain.
Sans doute, Monsieur le Maire, votre façon d’écrire le roman de la ville. Nous en avons une tout autre lecture.